« MYOUSIC » de Dimitri de Perrot avec Julian Sartorius au Maillon à Strasbourg

« Imaginez, renvoyé à vous-même vous devenez un concert.
Imaginez, vous êtes la musique. »
— Dimitri de Perrot,
à propos de son spectacle sonore et visuel, « MYOUSIC »

myousic-dimitrideperrot-juliansartorius-maillon-strasbourg-lazonedesilence-alainwaltherDimitri de Perrot et Julian Sartorius à l’issue de la représentation (photo : alain walther)

S’installer dans la salle. Bientôt le presque noir. Et le silence. Puis des sons qui se répondent de la scène à la salle. Se laisser gagner par le vertige de participer à un drôle de dialogue intérieur/extérieur. Sur scène un batteur :  Julian Sartorius. Celui qui avait déjà enthousiasmé, à juste raison, le public strasbourgeois lors du festival Jazzdor 2016. (Pour info, il sera en concert dimanche 8 janvier 2017 à 16h au Museum Tinguely Basel).
Disséminés dans la salle une série de lampadaires /haut-parleurs. Et nous : spectateurs en caisse de résonance. De raisonnement… Vu comme cela, ça a l’air très « intello ». C’est intelligent, en effet. Mais c’est c’est surtout une très belle expérience sensible. Un beau voyage ! 

Une belle façon d’entrer dans cette nouvelle année que je vous souhaite plus que jamais riche en zones de silence si propice à l’imagination, la curiosité et à des formes stimulantes de résistance.

« MYOUSIC » de Dimitri de Perrot avec Julian Sartorius, du 4 au 6 janvier 2017 au Maillon à Strasbourg.

Plus d’information sur le spectacle :
http://www.zimmermanndeperrot.com/pieces/7/info#nogo

La vidéo ci-dessus est réalisée par Tchapp

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Sound friction : création de « Chroniques terriennes » de Pierre Henry au festival Musica 2016

Vendredi 23 septembre 2016, création mondiale de Chroniques terriennes et reprise de Dracula de Pierre Henry dans le cadre du Festival Musica 2016.
Particulièrement ému par Chroniques terriennes, dernier opus en date du compositeur. À plus de 88 ans, il continue son exploration sonore du monde qui nous entoure avec une fraîcheur qui me touche profondément. Avec cette sensation d’urgence presque vitale de partager encore avec nous l’étonnement de ce moment que nous passons sur terre.
Cette envie de nous inviter à rester surpris et saisis comme au premier jour par les palpitations de ce monde dont nous ne sommes qu’une infime composante. Ce monde que nous oublions souvent d’écouter, trop préoccupé que nous sommes à essayer de le dominer.
Le temps d’un concert, faire résonner l’intime avec le grand dehors.
Pendant et après, garder vivante cette sensation de plénitude au milieu du chaos quotidien. 

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Vendredi 23 septembre 2016, création mondiale de « Chroniques terriennes » de Pierre Henry au festival Musica 2016 à Strasbourg (photo : alain walther)

Une pensée particulière pour Pierre Henry, qui souffrant n’a pu être présent et à demandé à Thierry Balasse, l’un de ses proches, de prendre sa place pour diriger la présentation de sa composition.

Voir aussi : une promenade en images dans l’exposition Pierre Henry – Autoportrait en 53 tableaux présentée en 2013 au Musée d’art moderne de la Ville de Paris.

« Ich hab’ kein Heimatland (jüdischer Tango) » (Je n’ai pas de patrie – tango juif) de Friedrich Schwartz

Encore une journée où j’écoute en boucle toutes les versions collectées de cette chanson !! Mélancolique, certes, mais où j’entends aussi beaucoup de détermination à continuer la route… :  « Ich hab’ kein Heimatland (Jüdischer Tango) ». Une chanson de Friedrich Schwartz, interprétée ici John Hendrik & Marek Weber Orchester (Berlin, 1933).

C’est la dernière composition de Friedrich Schwartz.

Il lui donne le sous-titre de « Jüdischer Tango » dans sa dernière lettre datée du 23 juillet 1933. Le lendemain on le retrouve mort dans une chambre d’hôtel à Paris où il tentait de fuir le régime nazi…

« Je n’ai pas de patrie / Je n’ai rien en ce monde / Je vais de pays en pays / Et reste où cela me plaît / Je n’ai pas le droit d’être heureux / Je ne connais pas de rayon de soleil / Pourquoi suis-je aussi seul sur cette terre ? / Je n’ai pas de patrie / Je n’ai rien en ce monde / Ma destination est inconnue / Le ciel bleu est ma tente / Et quand enfin, quelque part, je trouve le repos / Il faut que je me remette en route… »

Tentative de traduction personnelle. Si quelqu’un m’en propose une plus belle version, je suis preneur.

Par ailleurs, si vous connaissez d’autres versions de cette chanson, autres que celles de Maegie Koreen et Hadi, faites signe ! D’avance merci.

Exposition Pierre Henry au Musée d’art moderne de la ville de Paris | Poussières d’un soleil de musique éteint

Longtemps les peintures concrètes de Pierre Henry étaient réservées aux visiteurs de sa maison, notamment lors de ses concerts à domicile, ou aux lecteurs du beau livre « La maison de sons de Pierre Henry » de Geir Egil Bergjord (Fage éditions).

Exposition Pierre Henry au Musée d'art moderne de la ville de Paris | photo © alain walther | D.R. oeuvre artiste et ayants droits.
Exposition Pierre Henry au Musée d’art moderne de la ville de Paris | photo © alain walther | D.R. oeuvre artiste et ayants droits.

Depuis quelques semaines et jusqu’au 1er décembre 2013 présente « Pierre Henry – Autoportrait en 53 tableaux ». L’occasion d’aller se frotter à une autre facette de l’imaginaire de ce musicien rare et toujours stimulant. Il suffit de descendre quelques marches, sous l’exposition « Keith Harring », plonger dans les magnifiques collections permanentes du musée, de traverser la partie consacrée au mouvement Fluxus, vous y êtes. Bonne idée d’ailleurs que cette présentation proche de la partie consacrée à Fluxus.

Site du Musée d’art moderne de la ville de Paris

Peindre avec des sons

« Adolescent j’étais attiré par le dessin, la cartographie ancienne, par un équilibre visuel d’objets entre eux. J’ai peinturalisé aussi puis j’ai oublié la peinture devant cette incroyable vocation orientée par mon père : musique toute. J’ai aimé plus tard la peinture des autres. Kandinsky particulièrement. J’ai beaucoup de livre sur les peintres. J’ai connu des peintres, j’ai composé pour eux. Comme Investigations avec Degottex. Depuis mes numérisations, ma fonction doublement créatrice s’est affirmée. Je passai du studio à la cuisine où, sur la grande table, je disposais mes sous-peintures. Les supports ont été inventifs, essentiels. Planches de bois, portes, armoires, tiroirs,…

Puis les composants sont venus. Pas des accumulations, mais des présentoirs, sortes de supports-symboles.

Figures-dessins. Objets sortant de l’abstraction vers une vue intérieure. Alors de nouveaux gestes sont apparus. Ceux de ma lutherie sonore se sont transformés en assemblages, en fixages d’équilibres.

D’autres gestes aussi : détruire. On sait que ces Peintures concrètes viennent de mes appareils devenus obsolètes. Parfois ils marchent encore ! Démontages, destructions, violences engendrant un matériau nouveau (sans colère).

Composants réunis, bouts d’instruments, milliers de rondelles, vis, boutons, poussières d’un soleil de musique éteint.

J’ai assemblé tout ça depuis plus de vingt années. C’est l’envers de mes sons.
J’ai assemblé en contournant, détournant parfois mes formes musicales.
J’ai des noires à soixante, j’ai des bidules en ut, j’ai des autoportraits qui sont calqués sur ma musique.

Ils sont emblématiques de leur origine : console, magnétophone. Ma peinture est une surface techno-archéologique. Il y a dans tout cela une part abstraite plus des comparses inventés et simulés.

Une autre surface naît avec d’autres personnages. rencontre-dialogue-fuite.

Cette recherche du réel, cette dramaturgie du continu est aussi dans mes oeuvres.
Une peinture en relief est contenus dans ma musique.

Des courbures, des spirales : la roue de mon enfance est toujours là. »

Pierre Henry
Extrait du livre « La maison des sons de Pierre Henry »
de Geir Egil Bergjord (Fage éditions)

A noter :  Pierre Henry – Une soirée en trois partie, dans le cadre du Festival Musica à Strasbourg, jeudi 26 septembre 2013 à partir de 19h à la salle des Fêtes de Schiltigheim.

Pierre Henry : le fil de la vie – Cité de la musique à Paris