« Sublime. Les tremblements du monde » : exposition au Centre Pompidou Metz

Reprenant à son compte le « sublime » dans l’acception d’Edmund Burke, Hélène Guenin, commissaire de cette passionnante exposition, nous propose un « voyage oscillant entre une pensée du XVIIIe et une vision contemporaine, les interrogations esthétiques croisent les positions éthiques et les débats écologiques actuels. Le chemin en est scandé par les recherches d’artistes, vigiles et lucioles, qui éclairent l’histoire tumultueuse d’une passion ravageuse et ravagée entre une espèce occupante et son écosystème. »

« Frisson, sidération, « délicieuse horreur », autant de mots pour qualifier l’expérience du sublime – cette singulière sensation d’attraction mêlée d’effroi que nous éprouvons face aux déchaînements et à la puissance des éléments. Née au cœur du XVIIIe siècle, cette notion esthétique et philosophique offre le fil conducteur d’une relecture de l’histoire passionnelle et passionnée que l’humanité entretient avec la nature.

Rassemblant une centaine d’artistes, architectes et cinéastes internationaux, « Les tremblements du monde » propose un dialogue entre des œuvres anciennes et contemporaines explorant cet attrait ambivalent, persistant pour la « Nature trop loin » et les catastrophes.

À l’heure des bouleversements écologiques et des discours alarmistes, l’exposition évoque également deux mutations radicales de cette notion de sublime : celle d’un spectateur contemporain qui prend conscience de sa responsabilité partielle face aux dérèglements du monde, et celle de catastrophe même, devenue invisible sous les effets de notre activité. Enfin, l’exposition évoque l’apparition, depuis les années 1960, d’une relation renouvelée à la nature… Une aspiration au réenchantement, une quête de fusion, renouant avec une iconographie du sublime davantage contemplative. »

Impossible de ne pas évoquer ici, au passage, l’exposition Reset modernity ! proposée par Bruno Latour, comme un écho d’un autre « tremblement » en cours, et présentée presque en même temps au ZKM à Karlsruhe à quelques kilomètres de Metz. Certainement plus qu’un hasard de calendrier. Plus probablement, une préoccupation contemporaine qui traverse notre monde aujourd’hui.

Sublime. Les tremblements du monde s’ouvre sur une oeuvre vidéo fascinante et inquiétante d’Adrien Missika : « Darvazza » (2011)

« Darvazza » signifie « porte » en turkmène. C’est aussi le nom d’un lieu-dit surnommé « la porte de l’enfer », qui attire des visiteurs adeptes du dark tourisme et de sensations fortes. Ce site qui évoque le cratère d’un volcan ou une curiosité géologique naturelle est en fait le fruit d’un accident humain.

Cette bouche enflammée de 70 mètres de diamètre résulterait d’une prospection minière soviétique qui aurait accidentellement percé une cavité souterraine. Pour éviter les risques d’explosion et de pollution, les géologues ont décidé d’embraser les gaz qui s’échappaient dans l’atmosphère. Selon leur estimation, la combustion devait durer quelques semaines. Elle est ininterrompue depuis 1971.

exposition-sublime-tremblementsdumonde-centrepompidoumetz-alainwalther-lazonedesilence
Au centre : « Soffio di foglie (Souffle de feuilles), 1979, de Giuseppe Penone | Exposition « Sublime. Les tremblements du monde » au Centre Pompidou Metz, été 2016 (photo : alain walther | la zone de silence)

À l’image initiale d’une catastrophe d’origine humaine comme celle de Darvazza, répond à la fin de l’exposition une oeuvre de Giuseppe Penone : « Soffio di foglie (Souffle de feuilles) », 1979, délicate allégorie d’une autre trace laissée par l’homme. L’empreinte en creux d’un corps couché dans un tas de feuilles de buis. Trace d’un passage sur terre laissant la nature intacte, à peine modifiée.

Entre ses deux oeuvres emblématiques, le voyage dans l’exposition proposent 5 sections :

La nature trop loin
Imaginaires de la catastrophe
La tragédie du paysage
Alternatives
Réenchantement

Poursuivre la lecture de « « Sublime. Les tremblements du monde » : exposition au Centre Pompidou Metz »

Débris du monde : « Under the water » (2016) de Tadashi Kawamata au Centre Pompidou Metz

Bouts de panneaux en bois aux peintures écaillées, fragments de portes et de fenêtres, armatures de chaises, débris de fournitures en plastique, images de calendriers déchirées et autres objets si familiers. Sidérante forme ondoyante, fixe, et pourtant en mouvement.

"Under the water" (2016) de Tadashi Kawamata au Centre Pompidou Metz (photo : alain walther)

Entrer dans la salle. Marcher dessous cette vague immobile, comme flotter, glisser. Guetter les fragments reconnaissables, submergé par la masse disloquée flottante au-dessus de soi. La lumière du ciel électrique se glisse entre les débris. De chaque côté de la salle, deux grandes baies vitrées laissent voir une partie de la ville toujours debout, même si marquée par les balafres des chantiers de construction en cours.

Quelle catastrophe naturelle ou industrielle a fracassé les maisons, pulvérisé les meubles ? Quel courant océanique ou atmosphérique a fait s’amasser ici des débris du monde ?

Et si l’origine de la catastrophe, ici, était peut-être tout simplement… le temps.

Poursuivre la lecture de « Débris du monde : « Under the water » (2016) de Tadashi Kawamata au Centre Pompidou Metz »